Le Centre d’Information du Rock et des variétés est une organisation associative qui a amorcé la structuration du rock en France. Son action s’établit sur une dizaine d’années, du milieu des années 80 à celui des années 90.
Historique factuel
Inventeur du guide-annuaire L’Officiel du Rock, le CIR est formellement créé en 1986, sur un concept initié par Maurice Lidou et Bruno Lion. Mais sa genèse remonte au début des années 80 qui voient se multiplier les associations rock dans les grandes villes de France, à l’instar de Terrapin, concepteur des Rencontres transmusicales de Rennes en 1979. Soucieuses de développer les artistes de leurs régions, ces initiatives se fédèrent au sein d’une coordination nationale — le Réseau Rocks — qui va porter la revendication d’une reconnaissance des
L’Assemblée constitutive du
MINITEL ROCK
Ceci fait, la structure s’installe dans des locaux « provisoires » avenue Paul Doumer à Paris et commence à travailler sur les « fichiers du rock » destinés à nourrir le service télématique 36.15 CRock, puis, en juillet, celui de « Décibels » (l’émission nationale de FR3 qui reprend les tournages de “clips” réalisés par ses stations régionales) ainsi que celui du Nouvel Obs.
Quelques premières « embauches » utilisent les dispositifs
Le travail de recensement des acteurs et des structures du rock produit des milliers de fiches, formatées pour l’écran minitel. Gilles Castagnac, recruté comme rédacteur en chef, établit une nomenclature qui les classe par activités. Cela donne plusieurs dizaines de rubriques qui embrassent toute la culture rock, disquaires et boutiques de fringues comprises.
Son ancrage territorial s’appuie sur l’établissement d’un réseau de « correspondants » régionaux, souvent installés dans des Centre d’Information Jeunesse et suivis par les associations rocks locales impliquées (comme le Doc’Rock du CIJA de Bordeaux initié par Didier Estèbe, manager de Noir Désir). Ce montage est rendu possible par la mise à disposition d’une quinzaine de postes
PASSION D’OUTILS
Boosté par le partenariat télé, le service minitel s’étoffe : actualités, initiatives locales, annonces concerts et chat (animé par Isabel Rubin), graphisme télématique (avec l’Agence Mystère de Toulouse)… Les connexions se comptent en milliers.
En septembre 1987 paraît (enfin) le 1er Officiel du Rock, promu par le judicieux slogan « L’outil d’une passion ! ».
Pour sa sortie, le CIR organise une conférence de presse et une fête de lancement au New-Moon, salle de concert à Pigalle, tenue par Éric Daugu-Débris, ex-Metal Urbain.
Cette première « Fête de l’Officiel » est un succès et installe un événement capable de réunir le monde du rock, comme le font déjà le
En avril 1988, le CIR s’installe dans des préfabriqués du Parc de la Villette. C’est un petit commando adepte des séminaires internes en mode startup.
Au sein de l’équipe, les fonctions se stabilisent notamment grâce à l’arrivée de plusieurs objecteurs de conscience, l’acquisition de matériel informatique et les piges de « chefs de rubriques », spécialistes qui apportent leur expertise professionnelle.
L’activité est toujours aussi intense et il n’est pas rare de dormir sur place. Emmanuel Legrand, alors journaliste à Show-Magazine et futur rédacteur en chef du magazine pan-européen Music & Media, résumera cette ambiance : « On avait l’impression qu’ils bouclaient un quotidien, alors que c’était un annuel ».
recommandés par les correspondants
En octobre sort la 2e édition de L’Officiel du Rock. Elle double son nombre de pages et s’ouvre sur une partie magazine qui parle de clips, de tremplins, de la Loi de 85 sur les droits voisins, interviewe Marsu, Jules Frutos, Daniel Chenevez, Patrice Blanc-Francard… et met en valeur des projets de chaque région. S’y ajoutent des fiches pratiques et une extension européenne de l’annuaire.
En novembre, après Rock et Mécénat, un nouvel ouvrage vient ouvrir la future collection des « Métiers de la musique ». Profession Artiste, de
À L’ASSAUT DE L’INSTITUTIONNEL
Dans la foulée, le CIR intensifie son rôle pédagogique, déjà entamé avec le CIR-Conseil reposant sur l’entretien individuel. Une nouvelle formule s’adresse à un auditoire collectif sous la forme de stages courts d’une ou deux journées. Cela relève plus de la transmission que de la véritable formation ;
Mais c’est d’un autre ministère que va venir la véritable bascule. Revenu rue de Valois après l’éclipse de la cohabitation, Jack Lang fait entrer Bruno Lion dans son cabinet. Nommé en mai 1989, le président du CIR vient d’avoir 26 ans. Il est aussitôt rebaptisé « Mr Rock ».
Quatre mois plus tard, le 25 septembre, il lance un « Plan Rock », présenté à la presse par le ministre lui-même, à l’occasion de la sortie du 3e Officiel du Rock. La soirée se tient au
Le programme est très large et place le CIR à la manœuvre. On y trouve notamment un dispositif de professionnalisation d’artistes, le
Quelques jours auparavant, le conseil d’administration du CIR s’est élargi. Alex Dutilh (directeur du
ROCK BIZNESS
En parallèle, le CIR ouvre encore un nouveau front en lançant son propre magazine professionnel — Yaourt — dont le premier numéro sort en septembre. Bimestriel, il paraîtra un peu plus de deux ans, produisant treize numéros,
À l’origine, le projet ne devait être qu’un découpage de L’Officiel du Rock, thématisant en “cahiers mensuels” chacun des huit chapitres (Scène, Disque, Studio…) de l’annuaire.
À l’arrivée, c’est un véritable support de presse qui recrute
Pendant ce temps, le programme FAIR s’est installé, rejoint par
Bien que créé par le ministère, le dispositif n’est pas hors-sol. La “patte” du CIR y est inscrite. Rapidement, les sociétés civiles (qu’on appellera ensuite
En septembre 90 (moins d’un an après la chute du Mur), paraît la
La publication est en anglais. Il ne s’agit pas (que) d’un support pour l’export de la musique française, mais, fidèle au pragmatisme de l’équipe, d’un outil international susceptible d’aider un artiste grec à tourner en Irlande ou un label scandinave à trouver une distribution portugaise.
Cet annuaire connaîtra
INGÉNIERIE
L’année 90 voit également se lancer un autre type d’intervention portée par le CIR. L’opération « Rock au lycée » démarre en avril. Elle implique les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture, ainsi que le business proprement dit. Il s’agit de monter une tournée de concerts dans une quinzaine d’établissements et d’en prendre prétexte pour des conférence-débats sur les métiers avec des professionnels en exercice.Cette année-là, ce sont les Innocents qui s’y collent. Concrètement, le financement principal vient de la Délégation au Développement et aux Formations (DDF) du ministère de la Culture, mais la valorisation du tour support apportée par Virgin (300KF) est quasiment équivalente.
L’opération sera renouvelée deux fois, en 91 avec Poupa Claudio et en 93 avec les Wampas. De nombreux professionnels se mobilisent pour venir témoigner, tant du côté du spectacle (Patrick Delamarre…), que du disque (Jean-Pierre Weiller, Olivier Bas, Luc Natali…), des journalistes (Olivier Cachin, Alain Gardinier) ou du management (Cathy Couronne…). Megamix, l’émission de Martin Meissonnier sur la Sept (future ARTE) est partenaire.
L’éclectisme des protagonistes (du proviseur au sonorisateur en passant par le rectorat et la maison de disques) rend cependant le montage extrêmement fragile. Les menaces d’annulation font partie des négociations. Heureusement, le militantisme des correspondants régionaux parvient généralement à préserver la mobilisation événementielle de chaque étape. Mais l’exercice reste une démonstration volontariste.
Pour autant la
En février 91, Maurice Lidou quitte la direction du CIR pour prendre celle de l’Agence des lieux musicaux. Les pionniers fondateurs sont dispersés et c’est Bruno Boutleux qui prend la relève.
De nouvelles recrues viennent alors compléter l’équipe, comme
Si la réflexion sur la formation artistique est déjà bien développée dans le secteur, celle pour les “encadrants” s’amorce à peine. Là encore, le CIR est en tête de pont et anime un groupe de travail (CEMAFOR) réunissant formateurs pros et institutionnels. Un ouvrage collectif, Formations Rock, état des lieux paraît en juillet 92. Il témoigne de la dynamique naissante (points de vue, reportages, annuaire…) et se conclut par une Charte de qualité élaborée en commun. Défrichage et ralliement sonnent comme une méthode.
Gérant d’annuaires professionnels, le CIR surfe aussi sur sa capacité d’interconnexion pour produire des tables rondes et assurer des mises en débat.
ŒCUMENISME
Cette logique d’outillage amène le CIR à déborder son périmètre esthétique, d’autant plus que son positionnement le conduit à répondre à des commandes.
En novembre 91 sort Sans Visa (1e édition du guide des musiques vivantes de l’espace francophone). Coédité avec l’association Zone Franche, il est réalisé par le CIR à la demande (financée) du secrétariat d’État à la francophonie.
Dès sa 3e édition, L’Officiel du Rock avait
Dans le même esprit, le CIMT (Centre d’information des musiques et danses traditionnelles que vient de créer Jean-François Dutertre) sollicite le CIR pour adapter des stages à son propre public. On parle de changer de nom… même s’il s’agit plus d’y signifier une implication dans la filière.
Devenu « et des variétés » depuis 90, le CIR a ouvert son conseil d’administration à trois membres de droit institutionnels en novembre de cette même année, deux directions du ministère de la Culture (Catherine Giffard pour la
En octobre 92, Jean Davoust, PDG des éditions Warner-Chappell, et Charles Hurbier, patron du studio Mix It, entrent au conseil d’administration. Jean Davoust devient le président du CIR en janvier 93, succédant donc à Bruno Lion qui y voit « l’illustration d’une ouverture aux milieux professionnels déjà largement perceptible dans son action ».
En regard, la nomenclature budgétaire s’établit grosso modo sur un triptyque :
Il faut dire que ces derniers ont vu leurs moyens décuplés depuis la Loi sur les droits voisins en 85. Le CIR qui définit son métier fondamental comme « collecter, mettre en forme et redistribuer l’information » est aux premières loges pour expliciter les nouveaux droits.Tout au long de ce déploiement, le CIR accumule des savoir-faire qu’il intègre dans son fonctionnement. Il assure lui-même la
En janvier 93, Bruno Boutleux réunit au Midem le réseau des correspondants européens qu’il a formalisé sous le label
L’international est à l’honneur et, tandis que
Le moment est aussi celui du besoin de
En septembre, à la demande de
REBOND
Mais le développement volontariste de l’association ne lui a jamais permis de constituer de fonds de trésorerie. Début 93, le découvert négocié avec la banque atteint déjà le plafond autorisé. L’alternance politique
Dans ce contexte, la voilure est réduite en urgence. Cela passe par différents reports et des licenciements. Au bout de sept années d’existence, le CIR est en grande difficulté. Mais, paradoxalement, la reconfiguration institutionnelle lui offre une opportunité. Le CENAM est dissous et ses deux centres d’information, jazz et musiques traditionnelles, se retrouvent sans assise juridique.
Son directeur,
Ensemble, ils bâtissent un nouveau projet qui étend le périmètre d’intervention et formalise une mission d’intérêt général appuyée sur le principe de construction et de mise à disposition de ressources non financières.
Ce projet prendra corps sous le nom d’IRMA, centre d’Information et de Ressources pour les Musiques Actuelles. Début 94, l’association déménage pour s’installer dans le 10e arrondissement de Paris. La nouvelle enseigne qui communique sur la réunion des trois centres d’information est inaugurée le 26 avril.
En 96, l’IRMA organise un anniversaire pour les 10 ans qu’aurait eu le CIR s’il s’était poursuivi sous cette forme. À cette occasion, Gaëlle Fleitour réalise un fanzine intitulé La véritable histoire du CIR par ceux qui l’ont vécue.
Ils ou elles ont fait partie de l’équipe salariée
Olivier Aillery (objection), Myriam Astruc (promo), Fatiha Beddi (compta), Nicolas Bénéteau (objo/informatique), Sylvie Berson (éditions), Vincent Bourlhonne (rédaction), Bruno Boutleux (direction), Rémi Bouton (rédaction), Alain Breton (administration), Gilles Castagnac (édition), Thierry Caucino (objection), Olivier Champeau (objo/international), Jean-René Courtès (administration), Stéphane Davet (rédaction), Jean Desessard (administration), Laurent Désidéri (international), Samia Djitli (Rock au lycée), Frédéric Drewniak (objo/fichiers), Joss Ducy (promo), Laure Féloneau (ass.), Marie-Clotilde Gabriel (ass.), Emmanuelle Gunther (ass.), Claude Guyot (FAIR), Djamel Kasmi (commercial), Norbert Le Guénédal (commercial), Marine Lemaire (promo), Christophe Libouban (objection), Maurice Lidou (direction), Bruno Lion (direction), Tuong-Long Luu (informatique), Éric Morvan (informatique), Bertrand Mougin (formations), Nathalie Mintz (formations), Anne-Frédérique Pérol (saisie), Phili Pestilence(objection), Cyril Prieur (business), Sophie Rodriguez (ass.), Christian Roux (Yaourt), Isabel Rubin (communication), Marie-Pierre Sandrin (FAIR), Jean-Pierre Sluys (objection), Phetsamone Soumpholphakdy (compta), Corinne Tessiau (ass), Gilles Tordjman (édition), Denis Turmel (commercial), Jean-Charles Versari (objection), Arnaud Viviant (Yaourt)… et (pour reprendre la formule utilisée dans L’Officiel) celui ou celle qu’on a évidemment oublié·e.
Cette liste ne comprend pas les très nombreux intervenant·es ponctuel·les (formateurs, pigistes, régisseurs, relations presse, renforts de saisie, illustrateurs, prestataires…) comme Stéphane Le Sagère, Maryse Bessaguet, Olivier Bellery, Sophie Chemin, Thierry Le Huitouze, Cathy Couronne, Emmanuel Legrand, Gilles Grall, Sandrine de Susbielle, Jean-Claude Demari, Alex Calin, Olivier Bas, Alain Cloâtre, Bernard Batzen, Christian Bordarier, Armel Cornic, Dominique Guillerm, Paul Lavergne, François Millet, Miriam Palisson, Olivier Cachin, Thierry Chassagne, Christophe Soulard, Éric Daugu, Gildas Lefeuvre, Claire Lextrait, Hervé Paul Huguet, Laurent Malfois, Patrick Labesse, etc…
Ni les multiples correspondant·es en régions : Philippe Routeau, Vincent Priou, Luigi Checcozzo, Liliane Dos Santos, Joëlle Caroline, Marc Tison, François Pinard, Patrick Chabouté, Jean-Luc Wertenschlag, Jean-Michel Leygonie, Laurent Tastet, Olivier Cosme, Pascal Jeanselle, Patrice Campelli, Hubert Rabillon, Philippe Saintlos, Laurence Urban, Jean-Jacques Fasquel, Bruno Leroy, Georges Bourguignon, Maï Bernasconi, Blandine Leray, Éric Jonval, Olivier Péters, Henri Estève, Éric Vece, Marie-Odile Prando, Sylvain Champion, Emilio Armilles, etc…
